Cashback

Il y a 9 années dans Court Métrage, Le Blog, Vidéo - Aucun commentaire

Avant d’être un long-métrage  Cashback est un court métrage de 18 minutes réalisé en 2003 avec trois francs six sous par un jeune réalisateur de 34 ans, Sean Ellis, et nommé à l’Oscar du meilleur court métrage en 2004.

Ce court sensible et étonnant est une comédie décalée, lorgnant vers le fantastique.

En fait l’idée géniale de ce court …. je vous laisse la découvrir. Et L’histoire ?  aussi…

Attention chef d’œuvre !

Interview de Sean Ellis :

Vous vous êtes fait connaître en tant que photographe. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer à la réalisation ?
Je me suis toujours considéré comme un artiste qui faisait de la photographie parce qu’il était frustré. Pour moi, cela a plus été un tremplin pour justement cette carrière de cinéaste que j’ai toujours voulu avoir depuis mon plus jeune âge. A 12-13 ans, on n’a pas les moyens de faire les films alors qu’il est facile de se procurer un appareil photo. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil : les jeunes ont accès aux DVD qui ne coûtent pas chers. A l’époque, on n’avait pas le choix.

Avec le recul, est-ce que vous étiez épanoui en tant que photographe ?
Ce n’est pas pareil. Le cinéma et la photo sont deux disciplines différentes mais il y a deux théories qui se confrontent. On pense que lorsqu’on a un appareil photo, on peut faire des photos et être doué. La même chose ne s’applique pas au cinéma. Toute personne ayant une caméra pour filmer un film n’est pas forcément bon.

Qu’est-ce que vous aimeriez faire maintenant si vous pouviez arrêter le temps ?
Vous savez, en tant que photographe, j’ai toujours figé le temps. Un appareil photo peut servir comme une machine à remonter le temps. Dans ce processus, le personnage principal du film se retrouve avec cette envie de figer le temps et moi-même, grâce à la photographie, je peux rattraper mon temps et mon passé.

Est-ce que la recherche de la beauté est une obsession ?
Oui, comme tout le monde, je pense. Sauf que personne n’a la même conception de la beauté. Elle donne pourtant la valeur à la vie que ce soit la beauté d’un sentiment, d’une image, d’une voiture, d’une relation amoureuse. Si on voit les choses telles qu’on veut les voir, alors les plus belles choses méritent d’être vues.

Vous pensez toujours que les plus belles femmes au monde sont suédoises ?
Il faudrait que j’aille moi-même tester cette théorie. Tu veux payer pour cette expérience-là ? (il rit). Sérieusement, j’ai passé pas mal de temps en France et je dois dire que les femmes françaises sont tellement ravissantes que je doute qu’elles posent un réel défi aux femmes suédoises.

Il y a une scène troublante, voire effrayante, dans le film : lorsque le personnage est dans son temps figé, une personne réussit à pénétrer ce moment suspendu où il croit être seul. Le problème, c’est que vous ne l’exploitez pas à fond. Pourquoi est-ce que vous n’avez pas exploré cette piste intéressante et est-ce que, par hasard, elle pourrait servir un thriller que vous avez actuellement en tête ?
Pour Cashback, je voulais conserver cette idée que Ben n’est pas forcément le seul à pouvoir figer le temps. C’était une manière de lui faire comprendre qu’une autre personne pouvait pénétrer dans ce monde figé. Vous avez raison dans le sens où je voulais également introduire dans le film un élément sombre pour que le public ne voie qu’une seule facette. Cashback n’est pas vraiment une comédie romantique, pas vraiment un film de science-fiction, c’est autre chose. J’étais très intéressé par cet élément d’angoisse afin de semer le doute dans l’esprit du spectateur pour le forcer à se poser des questions sur la nature même du film. On ne peut pas prévoir les réactions du public : j’espère qu’il va rire, qu’il va pleurer, qu’il aura peur mais je veux surtout que lorsqu’il sort de la salle de cinéma, il ait un grand sourire en se demandant à quel genre appartenait le film qu’il vient de voir. C’est très important pour moi de ne pas me sentir catalogué. J’aime bien l’idée qu’il y ait des éléments souterrains qui surgissent soudainement dans mes films. Je suis obsédé par le film d’horreur, et c’était primordial pour moi de montrer que cette idée-là était latente.

Pour vous, quel a été le gros challenge sur ce film ?
En tant que réalisateur, c’était de m’assurer que les 20 minutes de mon court-métrage allaient parfaitement s’intégrer à ce premier long. Il était indispensable que le rythme aille avec le long pour que le court métrage ne fasse pas tâche. Il fallait que ce soit homogène également au niveau de l’image. L’autre difficulté venait du fait qu’on a tourné en 20 jours d’autant que le tournage était essentiellement de nuit. Il ne faut pas oublier qu’on tournait pendant l’été donc la nuit ne tombait véritablement qu’à partir de 23h et le jour apparaissait vers 3h du matin. Du coup, on avait véritablement que quatre heures de tournage pour filmer la nuit. Je vous donne comme exemple la scène de la partie de football incluant la scène où le personnage stoppe le temps : nous l’avons tournée en deux jours par deux blocs de quatre heures. En tout, ça fait huit heures. Il fallait à la fois que je n’oublie rien et que je sois dans la cohérence nocturne.

Comment avez-vous travaillé l’esthétique du film en tant que photographe notamment sur les focales ?
L’un des avantages d’avoir fait auparavant de la photographie, c’est qu’on sait très vite lorsque la lumière ne convient pas. Je sais également choisir la focale adéquate pour illustrer un passage narratif. Seulement, tous ces domaines appartiennent au directeur de la photographie. Il fallait que je prenne quelqu’un avec qui je puisse collaborer sans qu’il y ait de rivalités. J’ai des idées très précises sur ce que je veux. Mon chef-opérateur a été formidable sur ce coup.

Quels sont les films sur la post-adolescence qui vous ont marqué ?
Quand j’étais ado, j’ai beaucoup vu les films de John Waters ou encore La folle journée de Ferris Bueller et Breakfast Club. En même temps, j’étais fasciné par Orange Mécanique. J’ai toujours été un toqué de Kubrick. Finalement, Orange mécanique est une histoire d’adolescents qui tournent mal ; et en un sens, j’ai conservé ces mélanges de genre pour Cashback.

D’où vous est venue l’envie de planter le décor du récit dans un supermarché ?
La découverte de la beauté dans les endroits où on ne l’attend pas reste le sujet majeur du film. Bien sûr, il y a la beauté évidente et la beauté cachée, comme celle de la fille dont Ben tombe amoureux : elle est cachée puis progressivement il finit par la voir. L’idée consistait à montrer un lieu où on ne s’attend pas, d’un plan visuel, à ce que ce soit un lieu intéressant. Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’un supermarché. J’aimais bien l’idée qu’un lieu sans intérêt ait des allures de décor de Blade Runner. Comme ça n’a que très rarement été exploité au cinéma, je voulais que le public aille à la rencontre de ce lieu ordinaire. Je l’ai filmé exprès de deux façons différentes : tout d’abord, d’une façon ennuyeuse et terne, et puis, au moment où le personnage fige le temps, j’ai apporté une dimension futuriste et très esthétique.

Quel a été l’effet le plus complexe à réaliser ?
La scène où Ben tombe de nouveau dans son lit. Sur 20 jours de tournage, cette scène-ci m’a pris un jour entier. Il y a beaucoup de plans subtils dans le film. Il y en a un dont je suis particulièrement fier mais dont personne ne me parle, c’est celui où Ben est au téléphone avec son ex. Il lui demande s’il y a une chance qu’ils ressortent ensemble et qu’elle lui répond que ce n’est plus possible car elle est de nouveau casée. Quand il lui demande si elle a couché avec lui, elle lui répond oui. Au début de la scène, on voit Ben au téléphone ; ensuite, on voit le téléphone d’un côté du mur ; puis, à la fin de ce plan, on se rend compte que le téléphone est de l’autre côté du mur. La caméra a tourné et donc on a l’impression que le mur disparaît.

En quoi le film doit être considéré comme autobiographique ?
Tout est autobiographique (il sourit). Soit ce sont des événements que j’ai réellement vécus, soit ce sont des choses que j’imagine totalement. En un sens, cela vient totalement de moi ; et c’est en ce sens que je considère Cashback comme autobiographique. J’ai toujours en tant qu’enfant adoré raconter des histoires et ma mère ne me croit jamais. Encore aujourd’hui, j’adore inventer des mensonges. Cette année, j’ai appelé ma mère pour lui dire que j’étais nommé aux Oscar et elle ne m’a pas cru. Pour la peine, elle est venue avec moi à la cérémonie à Los Angeles.

Source : Excessif.com

vincent

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