Dieu en personne
Il y a 16 ans dans Le Blog, Vidéo - Aucun commentaire
Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler aujourd’hui de BD et d’une en particulier : Dieu en personne
Un beau jour, lors d’un recensement de population, un homme dévoile son identité. Nom : Dieu. Prénom : Dieu aussi. Dieu Dieu ? Eh oui, ce quidam prétend être Dieu en personne. Au début, la perplexité est de mise… Or, à la moindre question, Dieu oppose immédiatement une réponse à la fois incroyablement adaptée, déstabilisante et néanmoins simple et naturelle. Ce coup de théâtre est immédiatement répercuté dans toute l’humanité. Il suscite le doute, puis la circonspection, puis moult débats et réflexions métaphysiques, et enfin un gigantesque procès mondial ! Car si Dieu est bien Dieu comme il le prétend, il est donc la « cause première » de toute chose, coupable universel.
Marc-Antoine Mathieu se penche sur un siècle qu’on nous avait prédit spirituel. Mais attention, il n’est pas tant question de religion ici, ou en tout cas pas au sens d’une église quelconque. Marc-Antoine Mathieu préfère s’intéresser au fondement de la croyance en un être supérieur, et imagine à la fois quel serait son regard sur notre monde et comment les hommes l’accueilleraient si celui-ci venait à ressusciter.
Son intrigue met ainsi en scène la communication : toute la question de la venue de Dieu sur Terre réside dans la façon de la présenter, de la mettre en mots, en images, en campagnes de pub. Avocats, scientifiques, sociologues, psychiatres, attachés de presse, chargés de relations publiques et même agents d’entretien philosophent ensemble joyeusement, dans une bande dessinée érudite. Avec sa mise en scène et son dessin sobres, privilégiant les gros plans (mais sans jamais montrer le visage de Dieu) et un humour toute en finesse, Marc-Antoine Mathieu propose une vision fascinante et jouissive d’un des plus grands fantasmes de l’humanité. Alléluia !
Les amoureux de la pensée, de la référence philosophique ou de la satire sociale y trouveront leur compte. En effet, l’accent est bien moins mis autant sur la forme que sur le fond. « Dieu en personne » donne conjointement à penser la question métaphysique de Dieu (avec, d’ailleurs quelques références philosophiques)
Marc-Antoine Mathieu est né en 1959 à Anthony et vit près d’Angers. Il suit tout d’abord les cours de l’École des Beaux-Arts d’Angers, puis travaille dans une agence de graphistes-scénographes (Agence Lucie-Lom), spécialisée dans la création d’expositions. Lucie-Lom a réalisé, entre autres, celles d’Espagne-Espagne pour Angoulême 1989, God Save the Comics à Angoulême 1990, plusieurs espaces de l’exposition Opéra Bulles (dont je ne me suis toujours pas remis !), en 1991, à la Grande Halle de la Villette.
En 1987, Marc-Antoine Mathieu signe Paris-Mâcon chez Futuropolis (collection X), album remarqué dans lequel on découvre déjà toute sa maîtrise du noir et blanc. Mais c’est surtout avec L’Origine, publié aux Éditions Delcourt, que l’auteur se révèle être non seulement un graphiste hors pair, mais également un conteur de talent. On retrouve dans cet album en noir et blanc les influences de Kafka, Borges, Hubert Reeves, mais aussi les ambiances des films de David Lynch ou de Terry Gilliam. Unanimement reconnu par la Presse, meilleur premier album 1990 aux Salons d’Audincourt et de Mulhouse, sélectionné dans les dix Indispensables 1990 et Alph-Art Coup de Cœur à Angoulême 1991, sélectionné pour le Prix Philip Morris à Genève, L’Origine est assurément une des meilleures surprises de l’année 1990. La Qu…, tome 2 de Julius Corentin Acquefacques, est paru en septembre 1991 et a tout de suite été nommé parmi les Indispensables de l’année. Mathieu innove encore et toujours avec Le Processus, en offrant à ses adeptes la première spirale en volume de l’histoire de la bande-dessinée ! Le quatrième tome de la série, paru en 1995, montre une fois encore les capacités d’imagination et d’innovation de Marc-Antoine. Des pays étrangers l’ont également consacré : l’Estonie et la Finlande ont promu L’Origine Meilleur Album de l’année en 91 et La Qu…, Meilleur Album en 92. J’ai découvert cet artiste avec Le début de la fin (à moins que ce ne soit l’inverse ?), BD ludique et philosophique qui peut aussi bien se commencer par le début que par la fin…. Enfin la 2.333e dimension est une vraie petite merveille d’intelligence et d’humour. Dans ce cinquième tome, MAM nous entraîne dans les méandres de la perspective faisant de la bande dessinée le personnage de son récit.
Dans la série Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves éditée par les éditions Delcourt se trouvent donc les 6 titres suivants :
On note très rapidement dans l’ œuvre de Marc-Antoine Mathieu des influences en provenance de Kafka pour les petites absurdités, de Schuiten & Peeters (dont je vous parlerai prochainement) pour le dessin noir & blanc et les ambiances étranges, … Après 5 ans d’absence, Marc-Antoine Mathieu revient à la BD en mars 2000, toujours chez Delcourt, avec Mémoire morte, une oeuvre plus noire mais tout aussi troublante sur la dictature de l’information en temps réel. Le dessin est une plongée dans un champ de perspectives infinies,la démonstration qu’ un dessin comme seule histoire peut receler une aspiration cosmique. L’auteur de Julius-Corentin Acquefacques fait une infidélité aux éditions Delcourt pour signer un inédit à l’An 2 : Le peintre Touo-Lan réunit deux contes magnifiquement adaptés par Mathieu, avec la profondeur métaphysique et la puissance évocatrice qu’on lui connaît. Cette BD est aujourd’hui épuisée, tout comme L’ascension et autres récits, constitué d’une grande nouvelle, « l’ascension » et de sept autres nouvelles dont six ont été scénarisées par Jean-Luc le frère de l’auteur. Les prestigieuses éditions Futuropolis s’ associent avec le non moins prestigieux musée du Louvre en demandant à des auteurs de BD de revisiter l’image du célèbre musée. Les Sous-Sols du Révolu est donc une commande. Mais la qualité est là. Graphiquement, Marc-Antoine Mathieu nous gratifie de ses “gueules” marquantes, portant des personnages tous plus farfelus les uns que les autres et nous livre un scénario à la hauteur de son pinceau. Pétri de jeu de mots et d’anagrammes, le texte très riche, à plusieurs facettes, se présente comme une réflexion sur l’art, réflexion qui prend une forme absurde et ludique comme toujours chez Mathieu.
Il ne faut pas oublier ses petites BDs aux éditions l’association, dans la collection « patte de mouche » dont le principe est simple : en 20 planches, petit format, raconter une petite histoire très efficace: La Mutation (1995) Le Cœur des ombres ( 1998), La Voiture symétrique ( 2007)
Source : bodoi.info
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