Sangs mêlés

Il y a 17 ans dans De la confiture dans les oreilles, Le Blog - Aucun commentaire

Article tiré du blog De la confiture dans les oreilles :

Hier soir, trois mois après avoir assisté à la représentation de « L‘Européenne » au théâtre des Abbesses (dont le point de départ narratif est le multilinguisme en Europe), j’ai pu une fois de plus constater que la confrontation des langues et des cultures est un terreau fertile pour l’art.

« Sin Sangre » est en effet une pièce adaptée d’un roman d’Alessandro Barrico, italien, jouée en espagnol (surtitré, ouf !) par une troupe chilienne. Le métissage pourrait s’arrêter là et je pourrais également me contenter de dire que le leitmotiv de la pièce était la vengeance et la guerre. Mais heureusement, c’était bien plus que cela !

La compagnie Teatrocinema a été fondée en 2006 dans le but de mêler cinéma et théâtre (comme son nom l’indique, me direz-vous). Rien de révolutionnaire ? Peut-être, mais le résultat est vraiment génial : c’est perturbant au départ, certes, mais au final, j’ai beaucoup aimé. Concrètement, les acteurs jouent entre deux écrans, ce qui permet de projeter une image de fond mais aussi des éléments de décor au premier plan (la calandre d’une voiture, par exemple, comme dans les vieux films où l’acteur tournait le volant dans le vide). Ils sont également juchés sur un plateau mouvant qui leur permet de se déplacer ou de tourner sans avoir à bouger les jambes : l’effet pour le spectateur est le même que dans les films, lorsque la caméra tourne (c’est difficile à expliquer, il me manque clairement du vocabulaire sur la question : allez, hop, je rajoute une ligne sur ma liste des choses à apprendre avant de mourir !).

Voilà pour la forme ! Et le fond ? Vengeance, guerre, sang, meurtre, folie… et philosophie. La vengeance permet-elle ou empêche-t-elle le pardon ? La guerre justifie-t-elle l’inhumain ? La recherche d’un monde meilleur peut-elle justifier la guerre ? On ressort de là avec beaucoup de questions, mais peu de réponses… et surtout une énorme envie de relire Hannah Arendt (à ce sujet, je vous enjoins à aller voir, tant qu’il en est encore temps, « Le démon de Hannah », à la Comédie des Champs-Elysées).

En me relisant je me rends compte que cette pièce peut sembler austère. Et pourtant, elle est sans conteste l’un de mes coups de sang du trimestre…

fab-

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